Douze idées de cadeaux pour remercier la maîtresse en fin d'année, choisies pour ne pas s'ajouter au tiroir des bougies vanille. Du gourmand, du soigné, du juste.
Il y a, dans la cuisine d'une institutrice à la retraite que je connais, une étagère que sa fille appelle « le tiroir des bougies vanille ». Vingt-deux ans de carrière, plus de quatre cents élèves, et un inventaire qui circule encore dans la famille comme une légende. Soixante-trois bougies parfumées. Neuf mugs portant la mention « Super Maîtresse » en lettres bouclées. Douze ronds de serviette en bois gravés. Une quantité raisonnable de stylos personnalisés qui n'ont jamais servi.
Elle a tout gardé. Pas par tendresse, par culpabilité.
La fin d'année scolaire approche, et avec elle ce moment précis où l'on se retrouve devant la porte de la classe à se demander ce qu'on peut bien glisser dans un sac en papier kraft pour dire merci. Le doute prend toujours la même forme. On veut faire plaisir, on craint d'en faire trop, on se rappelle qu'il faut aller chercher le petit dans dix minutes, et on finit dans le rayon décoration d'une enseigne du centre commercial. Voici douze trouvailles qui, statistiquement, n'iront pas rejoindre le tiroir.
Du gourmand qui raconte quelque chose
La nourriture reste le cadeau le plus juste, à condition qu'elle ne ressemble pas à une promotion de fin de mois. Confiture Parisienne édite chaque printemps un Merci Maîtresse à la noisette, une pâte à tartiner artisanale dont l'étiquette a été dessinée par l'illustratrice Soledad. Le pot se voit, il se garde plusieurs semaines dans le placard, il rouvre le dimanche matin sur la tartine du petit-déjeuner. C'est devenu, en quelques saisons, la signature de la maison pour les fins d'année scolaires, et l'objet fini aussi vite sur Instagram que sur une tartine. À côté, un thé parfumé du Palais des Thés ou une boîte de calissons d'Auer rue Saint-Lazare produit le même effet : le cadeau gourmand qu'on ne s'achète pas pour soi.
Un livre qu'elle n'aurait pas pris pour elle
Personne ne s'achète un beau livre. C'est exactement la définition d'un beau livre. Un Modiano de poche pour les fidèles de la rue Saint-Sulpice, un recueil de Christian Bobin pour les âmes contemplatives, un livre de photographies d'Elliott Erwitt pour ceux qui aiment rire en regardant des chiens. Le mot inscrit en page de garde, daté, signé du prénom de l'enfant, transforme l'objet en archive. Vingt ans plus tard, c'est lui qu'on retrouve dans la bibliothèque, pas la bougie.
Une expérience plutôt qu'un objet
L'idée fait son chemin chaque année, et elle a du sens. Un lieu pour une exposition au Musée Carnavalet, glissée dans une enveloppe écrite à la main. Un atelier de calligraphie au Carreau du Temple. Une dégustation chez un caviste de quartier. Un cours de pâtisserie chez Maison Aleph. Le coût n'est pas toujours plus élevé qu'un objet de bonne facture, et le retour sur émotion est largement supérieur. Pour les classes qui se cotisent, c'est aussi la solution qui évite la grande loterie des goûts décoratifs : la maîtresse aime-t-elle vraiment le cygne en céramique ?
Une jolie papeterie, mais choisie
Il y a la papeterie que l'on offre par défaut, et celle qui surprend. Un carnet à reliure italienne couleur cuir vieilli, un stylo plume Lamy, une marque-page en laiton de chez Astier de Villatte, un cahier Smythson aux pages saumon. Évitez les éditions limitées « professeur » avec une pomme en couverture : la maîtresse en reçoit deux par an depuis dix ans. Préférez ce que vous offririez à votre meilleure amie qui écrit tous les matins dans son journal. C'est exactement le bon registre.
Du fait-main, mais correctement
Le fait-maison a mauvaise presse depuis l'ère du Pinterest mal exécuté. Il mérite mieux. Un sirop de fleur de sureau cueilli dans le jardin d'un grand-parent, des truffes au chocolat dans une boîte rétro, un kit cocktail signature avec une recette manuscrite, une confiture de groseilles à maquereau d'une tante d'Orléans. La règle est simple, et elle ne bouge pas : le contenant doit valoir le contenu. Une étiquette imprimée à la maison, un ruban de raphia, une pastille en kraft signée de la main de l'enfant, et le pot devient un objet. Sans cela, le geste glisse vers le bricolage scolaire, ce qui n'est pas l'effet recherché lorsqu'on offre un cadeau à quelqu'un dont c'est le métier.
Le mot
C'est la dernière idée, et c'est la plus importante. Un cadeau sans mot est un cadeau orphelin. Une lettre de l'enfant, même de trois lignes, même avec une faute par phrase, transforme n'importe quel objet en relique. Les enseignants gardent les lettres. Ils ne gardent pas les tasses.
Trois amorces qui marchent, recopiées de carnets parentaux au cours des années. « Cette année, j'ai appris à... » « Ce que je garderai de votre classe, c'est... » « Vous avez toujours cette manière de... » Trois lignes signées, c'est tout. C'est immense.
L'institutrice retraitée, dans sa cuisine, a finalement sorti l'an dernier la boîte qu'elle gardait en haut de l'armoire. Trente-cinq ans de courrier, classés par année. Elle se souvient encore de huit lettres par cœur. Aucune tasse. Aucune bougie.