Les enseignants masculins reçoivent toujours moins de cadeaux que leurs collègues. Pourquoi, et que leur offrir vraiment.
Un mardi matin de juin, dans une cour d’école du dixième arrondissement, j’ai vu un petit garçon de neuf ans tendre une bougie parfumée à son maître. Il a dit merci. Il a souri. Il a posé la bougie sur le bureau, à côté du paquet de copies.
Je l’ai recroisé six mois plus tard, dans la rue. Je lui ai demandé, sans préméditation, ce qu’il avait fait de la bougie. Il a ri. « Elle est encore sur l’étagère, intacte. Comme les onze autres. »
Le biais du cadeau féminin par défaut
Le problème n’est pas que les bougies parfumées soient un mauvais cadeau. C’est qu’elles soient, presque mécaniquement, le réflexe que l’on a pour un enseignant, sans distinction. Le marché du cadeau de fin d’année a été pensé pour les enseignantes (qui sont, statistiquement, la majorité), et la déclinaison masculine n’existe pas vraiment. On pose le mug à fleurs sur l’étagère, on ajoute la bougie, on offre les sels de bain. La question « est-ce que ça parle vraiment à cette personne » n’est jamais posée.
Or les maîtres existent. Ils représentent à peu près 17 % du corps enseignant en école primaire en France. Ils méritent un peu mieux que la version unisexe d’un cadeau qui n’était pas pensé pour eux.
Ce qui fonctionne vraiment
Les maîtres, comme tout le monde, aiment les cadeaux où l’on sent qu’on a pensé à eux. Trois pistes solides.
Le gourmand affirmé. Confiture Parisienne édite un Merci Maître, une pâte à tartiner à la noisette dont l’étiquette est dessinée par l’illustratrice Soledad, conçue comme le pendant masculin du Merci Maîtresse. Le pot finit sur le buffet de la cuisine, comme l’autre, sauf qu’il porte la mention juste, et il se déguste aussi bien à la cuillère le dimanche matin qu’à la tartine, l’après-midi, en corrigeant les copies. C’est une attention qui se voit. Dans le même registre : une planche de charcuterie de chez Maison Verot, un coffret de moutardes anciennes Edmond Fallot, une boîte de calissons d’Auer rue Saint-Lazare, une terrine d’artisan.
Le livre choisi. Pas le coffret-cadeau « Pour le maître », pas l’humour de bureau. Un livre vrai, un livre qu’on lit. Un Modiano, un Carrère, un Mauvignier, un Houellebecq pour les amateurs assumés. Le mot en page de garde, signé du prénom de l’enfant, transforme tout.
L’objet précis. Une carafe en verre soufflé de chez La Trésorerie. Un savon de barbier Le Baigneur. Une eau de Cologne fraîche de chez Buly. Un kit barista. Un beau marque-page en laiton. La règle ne change pas : l’objet doit être de qualité, et idéalement local.
Ce qui ne fonctionne pas
Le mug humoristique « Le meilleur maître du monde ». Le porte-clés en forme d’ardoise. La cravate, par principe. Le coffret rasage standard à dix-sept produits. La carte cadeau d’enseigne de bricolage, qui sous-entend que tous les hommes font des étagères le week-end. La gourde personnalisée. Tout ce qui repose sur l’idée qu’un cadeau de maître est un cadeau de maîtresse en bleu marine.
Et le mot, surtout
Le maître garde le mot. Plié dans le tiroir du bureau, ou glissé dans le cahier de l’année. Une phrase de l’enfant, manuscrite, datée, suffit. « C’était la première fois que j’avais un maître. » « J’ai aimé que vous nous lisiez à voix haute le vendredi après-midi. » « Vous m’avez fait aimer la dictée, ce qui est un exploit. »
La maître en question a fini la conversation par une phrase qui m’est restée. « Les bougies, je les redonne à mes voisins. Les mots, je les garde. »
Cette année, donc, le cadeau juste pour le maître pourrait commencer là. Pas par l’objet, mais par l’idée qu’il existe une version pensée pour lui. Un pot avec son nom dessus. Un livre choisi. Un mot écrit. Et, si possible, pas de bougie parfumée.