24 heures dans la confiturerie : une journée au 17 avenue Daumesnil

24 heures dans la confiturerie : une journée au 17 avenue Daumesnil

Il est 8h du matin quand Aline et Esmée poussent la porte de l'atelier. Le XIIe est déjà debout depuis longtemps, les terrasses du faubourg Saint-Antoine grouillent, mais ici, derrière la vitrine, c'est un autre rythme qui s'installe. Un rythme qui n'a rien à voir avec celui des cafés ni des bureaux. Le rythme du fruit, qui ne se presse pas.

Le matin : les fruits arrivent

Sur la table, les cagettes attendent. Des fraises de pleine saison, parfois des abricots, parfois des coings selon le mois et selon ce que les producteurs ont pu envoyer.

Aline soulève un fruit, le retourne entre ses doigts, le repose. Ce sont des gestes qu'on n'apprend pas dans un manuel. On les apprend en voyant cinq mille fraises, dix mille, et en se disant qu'à la fin on commence à savoir reconnaître celle qui va donner quelque chose.

La cuisson : le chaudron de cuivre et le temps

La cuisson démarre dans les chaudrons de cuivre. C'est là que tout se joue. Le cuivre ne triche pas, il diffuse la chaleur d'une façon que l'inox ne sait pas faire, sans brûler les bords, sans agresser le fruit. La confiture cuite au chaudron de cuivre garde la couleur du fruit frais, sa profondeur, sa franchise. Esmée touille lentement. Une cuillère en bois, un mouvement régulier, et l'odeur qui monte. Pas l'odeur sucrée et lourde des bonbons d'usine. Quelque chose de plus précis, de plus court en bouche déjà rien qu'à le respirer. Une odeur qui dit la fraise, et seulement la fraise.

La cuisson dure le temps qu'elle dure. Aline goûte. Esmée goûte. Elles ne sont pas d'accord ou elles le sont, elles ajustent, elles attendent encore deux minutes, puis on coupe le feu. C'est cette décision-là, prise à l'œil et à la cuillère, qui fait qu'une confiture ressemble à quelqu'un et pas à un protocole.

L'après-midi : la mise en pot

La mise en pot suit dans la foulée. Le verre tiède, le couvercle vissé pendant que la chaleur fait encore son travail. Les pots s'alignent par dizaines sur la paillasse, encore brûlants au toucher.

La plupart partiront chez le logisticien, en Essonne, où l'étiquetage se fait à la chaîne, pots par milliers, dans des cartons qui prendront la route des épiceries fines, des palaces parisiens et de quelques tables au bout du monde.

Une partie reste ici. Ce sont les pots qui rejoindront la boutique attenante, ceux qu'on étiquette à la main dans l'après-midi, le geste lent, le papier collé droit, la date écrite à la plume. Ces pots-là, c'est nous qui les voyons partir, un par un, dans le sac d'un client qui pousse la porte le samedi matin.

La fin de journée : nettoyer, recommencer

Quand le dernier pot est fermé, l'atelier se lave. Chaudrons récurés, sols nettoyés, plans de travail désinfectés. Demain, on recommence. Avec un autre fruit, une autre recette, peut-être une nouvelle idée née d'une conversation avec un chef, d'un voyage, d'un souvenir d'enfance.

C'est ça, une confiturerie artisanale à Paris. Pas de chaîne de montage. Pas de production en continu. Des petites quantités, fabriquées ce matin, étiquetées cet après-midi, et sur votre table dans quelques jours.

Le 17 avenue Daumesnil ne ressemble à rien d'autre. Et c'est exactement pour ça qu'on y revient chaque matin.

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