Au 17 avenue Daumesnil, sous l'arche du Viaduc des Arts, le mois d'août a ceci de particulier qu'il aligne beaucoup de pots sur très peu de mètres. Les fraises sont derrière nous, les figues s'annoncent, et dans l'intervalle l'atelier ressemble à une réserve de musée. Ce qui arrête le visiteur n'est pourtant pas le fruit. C'est le papier.
Une miniature, pas un emballage
Le pot est laqué blanc, opacifié, rigoureusement identique d'une recette à l'autre. C'est un parti pris: il protège la confiture de la lumière, et il refuse de raconter quoi que ce soit. Tout le récit se reporte donc sur un rectangle de quelques centimètres. Chez nous, chaque référence a son étiquette, dessinée pour elle seule, jamais déclinée à la chaîne depuis un gabarit. Une recette, une image. C'est plus lent, c'est plus coûteux, et ce n'est pas négociable.
Ce qu'il faut tenir en si peu de place
Une bonne étiquette fait cohabiter le nom de la recette, les ingrédients alignés sans emphase, les 65 % de fruits, le sucre de canne non raffiné, l'absence d'additif, et une illustration qui tienne debout à trente centimètres comme à trois mètres. Le nom fait le premier travail. Figue Noire, Poivre de Cassis ne promet rien, n'explique rien, et vous dit tout: deux ingrédients posés côte à côte, la juxtaposition suffit. Fraise Coquelicot procède de la même façon, avec un rouge de plus.
Quand l'étiquette part en promenade
Certaines séries poussent l'exercice plus loin et prennent un lieu pour sujet. La collection des Jardins Parisiens en est le cas d'école: Pomme Géranium Rosat pour le Jardin des Plantes, Citron Menthe poivrée pour les Buttes Chaumont. L'étiquette devient un plan de Paris à hauteur de table, et le pot un souvenir qui se mange à la cuillère.
La couronne, tout en haut
Reste le détail que presque personne n'identifie. Au-dessus du bloc typographique, cette petite couronne à créneaux n'est pas un ornement décoratif emprunté aux maisons de luxe. C'est l'enceinte de Paris sous Philippe Auguste, ramenée à la taille d'un ongle. Une ville fortifiée posée sur un pot de confiture: nous trouvons que la mesure est juste.
Il y a une raison pratique à tout cela, et elle n'a rien de romantique. Une confiture cuite en petites quantités au chaudron de cuivre change avec la récolte. Le fruit arrive à maturité quand il le décide, la couleur bouge d'une saison à l'autre, et le contenu du pot ne sera jamais deux fois exactement le même. L'étiquette est ce qui reste stable. Elle est la mémoire de la maison, et accessoirement la seule chose que vous voyez avant d'ouvrir. Alignez-en une dizaine sur une étagère et vous n'avez plus une provision, vous avez une collection.
Le compliment qui nous touche le plus ne porte jamais sur le goût. Il tient en cinq mots, toujours les mêmes: j'ai gardé le pot vide.